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Écoconception numérique au musée : un projet XR plus sobre en 2026

Un casque de réalité virtuelle qui finit dans un tiroir au bout de trois ans, un jumeau numérique de plusieurs gigaoctets que personne ne consulte sur mobile, une application qui exige le dernier smartphone du marché : ces situations sont fréquentes, et elles pèsent désormais dans les décisions. Depuis fin août 2026, les acheteurs publics doivent intégrer un critère environnemental dans leurs marchés, et les tutelles demandent des comptes sur l’empreinte du numérique. Pour un musée, un centre d’art ou un service patrimoine, la question n’est plus de savoir s’il faut réduire l’impact d’un projet XR, mais comment le faire sans appauvrir l’expérience. Voici une méthode concrète, étape par étape.

Pourquoi l’écoconception numérique s’impose aux musées en 2026

Trois évolutions vont dans le même sens. D’abord, le poids du numérique est mieux mesuré. Selon la mise à jour de l’étude ADEME-Arcep sur l’impact environnemental du numérique, publiée en janvier 2025, il représente 4,4 % de l’empreinte carbone de la France (données 2022). Cette part se répartit entre les terminaux (50 %), les centres de données (46 %) et les réseaux (4 %).

Ensuite, les règles de la commande publique ont changé. Comme le rappelle Maire-info dans son point sur les clauses et critères environnementaux obligatoires, chaque marché doit désormais comporter au moins un critère d’attribution portant sur les caractéristiques environnementales de l’offre, ainsi qu’une condition d’exécution environnementale. La fiche explicative de la direction des affaires juridiques de Bercy sur la loi Climat et résilience détaille ces mesures. Nous avons décrit leurs conséquences sur la rédaction de vos consultations dans notre article consacré au cahier des charges XR et aux marchés publics. Encore faut-il savoir quoi mettre derrière ce critère : c’est l’objet de cet article.

Enfin, les tutelles montrent l’exemple. Le ministère de la Culture, qui consacre une page à la sobriété numérique dans la gestion des structures culturelles, s’est doté d’une stratégie numérique responsable en septembre 2025 et a allongé de 5 à 6 ans le cycle de renouvellement de ses ordinateurs. Côté collectivités, la loi REEN impose aux communes et intercommunalités de plus de 50 000 habitants d’adopter une stratégie numérique responsable au 1er janvier 2025, comme le précisait Maire-info lors de la publication du décret d’application de la loi REEN. L’écoconception des services numériques figure parmi les domaines qu’elle peut couvrir. Les musées municipaux et communautaires sont donc directement concernés.

Le RGESN : un référentiel public pour cadrer votre projet

Inutile d’inventer une grille. Le référentiel général d’écoconception de services numériques (RGESN), publié en mai 2024 par l’Arcep et l’Arcom avec l’ADEME, compte 78 critères. Ils suivent tout le cycle de vie d’un service, de la stratégie jusqu’à l’hébergement, en passant par l’architecture et les contenus. Le référentiel poursuit quatre objectifs : allonger la durée de vie des terminaux, promouvoir la sobriété face à la captation de l’attention, réduire les ressources mobilisées et renforcer la transparence sur l’empreinte environnementale.

Le RGESN n’est pas une obligation légale pour un musée. Mais il donne un langage commun à l’institution et à son prestataire, et il permet de publier une déclaration d’écoconception assortie d’un score d’avancement. Dans un dossier de financement, un rapport d’activité ou une offre de marché, c’est un élément vérifiable plutôt qu’une promesse.

Appliqué à un dispositif immersif, il se traduit en quelques questions simples, que nous détaillons ci-dessous.

Arrière d'une baie de serveurs dans un centre de données, câbles réseau et voyants
Les centres de données pèsent désormais 46 % de l'empreinte du numérique en France selon l'ADEME et l'Arcep.
Photo : Derrick Coetzee from Berkeley, CA, USA, CC0, via Wikimedia Commons

Première question : ce dispositif est-il vraiment utile ?

Le levier le plus efficace se trouve tout en amont : vérifier que le service répond à un besoin réel. Pour un musée, il s’agit de formuler précisément ce que la XR apporte et qu’aucun autre média n’apporte : rendre accessible une salle fermée, montrer l’état disparu d’un bâtiment, faire voyager une collection hors les murs.

Cette dernière question est souvent décisive. Une numérisation 3D bien documentée peut servir pendant des années, à la médiation comme à la documentation scientifique. C’est tout l’intérêt du jumeau numérique du Musée Granet : une même base, consultable à distance ou en casque, qui peut accueillir de nouveaux accrochages comme l’exposition « Questions de genres » plutôt que de repartir de zéro à chaque projet.

Le matériel : la moitié de l’empreinte se joue sur les terminaux

Les terminaux pèsent la moitié de l’empreinte du numérique, et la fabrication représente environ 60 % de l’empreinte carbone d’un appareil, rappelle le ministère de la Culture. Le levier principal est donc simple : acheter moins de matériel et le garder plus longtemps.

Choisir des casques que l’on pourra garder

La réparabilité des casques autonomes reste limitée. Lors de son démontage du Meta Quest 3, iFixit lui a attribué une note provisoire de 4 sur 10. Le site souligne que le remplacement de la batterie est très complexe, alors qu’une batterie au lithium peut s’user en deux ans à peine. Il note en revanche un progrès : les manettes fonctionnent avec des piles faciles à remplacer.

Concrètement, cela invite à :

Pour comparer les modèles selon votre budget et votre public, consultez notre guide pour choisir un casque VR adapté à votre musée.

Ne pas exiger le dernier terminal des visiteurs

Pour une application mobile ou une visite virtuelle sur le web, l’objectif d’allonger la durée de vie des terminaux se traduit très concrètement : l’expérience doit rester utilisable sur des appareils de plusieurs années. Une application qui ne tourne que sur les smartphones récents exclut une partie du public et pousse au renouvellement. Testez systématiquement sur du matériel ancien et prévoyez une version allégée.

Casque Meta Quest 3 utilisé pour explorer un jumeau numérique culturel
Un casque autonome bien entretenu et dimensionné sur la fréquentation réelle : premier levier de sobriété.

Les données 3D : alléger sans trahir l’œuvre

Un nuage de points issu d’un scan LiDAR ou un modèle photogrammétrique haute résolution peut atteindre des volumes considérables. Tout transférer tel quel vers un casque ou un navigateur coûte en stockage, en bande passante et en batterie. Écoconcevoir, c’est distinguer deux usages :

C’est un compromis à construire avec les conservateurs : quelle précision faut-il pour que le visiteur lise la touche d’un peintre ou l’usure d’une sculpture ? Notre équipe de numérisation 3D du patrimoine culturel pose cette question dès le relevé, pour ne pas produire des données que personne n’exploitera.

Le ministère de la Culture rappelle d’ailleurs que les archives, musées et bibliothèques doivent concilier conservation de long terme et sobriété, en triant les données inutiles. Pour un projet 3D, cela veut dire supprimer les doublons, les essais et les exports intermédiaires une fois le master validé.

Capture d'une application de scan LiDAR montrant le nuage de points d'une salle de peintures du Musée Granet
Nuage de points d'une salle du Musée Granet : la donnée brute sert de master, les versions de diffusion sont allégées.

Hébergement, diffusion et sobriété de l’expérience

Les centres de données représentent désormais 46 % de l’empreinte du numérique en France selon l’ADEME et l’Arcep, notamment parce que l’étude prend en compte les serveurs situés à l’étranger, qui hébergent une large part des usages français. Quelques choix permettent de réduire cette part :

La sobriété concerne aussi l’attention, l’un des quatre objectifs du RGESN. Au musée, une expérience immersive courte et bien écrite vaut mieux qu’un parcours sans fin : le visiteur garde son énergie pour les œuvres réelles, et le casque sert à davantage de personnes dans la journée.

Visiteurs équipés de casques de réalité virtuelle dans une salle du Musée Granet, devant un grand tableau
Une expérience courte et bien écrite laisse toute sa place à la rencontre avec les œuvres réelles.

En pratique : la check-list écoconception de votre projet XR

  1. Le besoin est formulé : public, usage, durée de vie du contenu, fréquentation attendue.
  2. Le contenu est pensé pour être réutilisé (formats ouverts, documentation, droits clarifiés).
  3. La flotte de casques est dimensionnée sur la fréquentation réelle, avec maintenance et pièces d’usure prévues.
  4. L’application fonctionne sur des terminaux de plusieurs années.
  5. Un master de conservation est séparé des versions de diffusion optimisées.
  6. Les données intermédiaires sont triées et supprimées après validation.
  7. La diffusion privilégie le local et le chargement à la demande.
  8. La fin de vie du service est planifiée dès le lancement.
  9. Le critère environnemental du marché porte sur des engagements vérifiables : durée de maintenance, poids des contenus, compatibilité avec le matériel ancien.
  10. Une déclaration d’écoconception fondée sur le RGESN est envisagée pour rendre compte de la démarche.

Questions fréquentes

Un projet de réalité virtuelle peut-il vraiment être sobre ?

Aucun dispositif numérique n’a un impact nul. Mais l’écart entre un projet conçu sans contrainte et un projet écoconçu est réel : moins de matériel acheté, des équipements gardés plus longtemps, des contenus plus légers et réutilisables. L’essentiel est de rapporter l’impact à l’usage : un dispositif très fréquenté et réutilisé pendant plusieurs années se justifie bien mieux qu’une animation ponctuelle.

Le RGESN est-il obligatoire pour un musée ?

Non, le référentiel publié par l’Arcep n’impose aucune obligation d’application aux musées. En revanche, il fournit des critères reconnus pour donner du contenu au critère environnemental désormais exigé dans les marchés publics. Il peut aussi nourrir la stratégie numérique responsable de votre collectivité si elle compte plus de 50 000 habitants.

Faut-il renoncer à la haute résolution pour réduire l’empreinte ?

Non, il faut la placer au bon endroit. Une numérisation la plus fidèle possible reste précieuse pour la conservation et la recherche. Ce sont les versions destinées au public qui doivent être optimisées pour chaque support. Un même relevé alimente ainsi plusieurs usages, ce qui améliore le bilan global du projet.

Construire un projet immersif sobre avec Le Centre

Écoconcevoir un dispositif XR, c’est surtout prendre les bonnes décisions au bon moment : avant l’achat du matériel, avant le relevé 3D, avant la rédaction du marché. Depuis notre lieu de Vierzon, nous accompagnons les musées, les centres d’art et les collectivités de la définition du besoin à la diffusion, en passant par la numérisation et la conception des expériences. Vous préparez une consultation ou un projet de jumeau numérique ? Parlons de votre projet et de ses contraintes environnementales.